Zao
Né dans un village du Congo en 1953, Casimir Zoba, dit Zao, a une vingtaine d’années lorsqu’il commence à frayer professionnellement avec le monde de la musique en devenant percussionniste du ballet/orchestre, les Anges. Auprès de ce groupe, il part en tournée dans les « pays amis », c’est à dire sous régime communiste, en URSS, à Cuba, au Nigéria... Mais malgré le succès qu’ils connaissent, les Anges ne parviennent pas à pérenniser l’activité de leur formation et se séparent. Après quelques années consacrées à l'enseignement, Zao revient sur le devant de la scène au début des années 80 et se produit en solo à Brazzaville. Son ton satirique, voire caustique à l’égard du pouvoir en place et des vestiges de la colonisation, plaît. Son air de clown-débonnaire amuse. En 1982, il reçoit à Lomé le prix de la Meilleure Découverte RFI pour la chanson « Sorcier ensorcelé ». En 1983, il est honoré de celui de la Meilleure Chanson des Musiques d’Afrique centrale pour « Corbillard ».Fort de ces reconnaissances, le label Barclay lui offre l'opportunité d'enregistrer son premier album, Ancien combattant. Dans sa chanson au titre éponyme, il évoque ces anciens soldats, les traumatismes indélébiles que laisse la guerre, la folie des hommes. « On est tous cadavérés » chante-t-il, le public reprend en cœur. Français et Congolais, plus largement Africains, dansent sur les mots-critiques de l’ex-enseignant devenu déboulonneur de consciences. S’ensuivent d’autres albums, Soulard (1985), Moustique (1988), Patron (1989), Zao (1993), doublés dès 1990 d’une activité de producteur (Zao fait, entre autres, enregistrer le joueur de sanza Antoine Moundanda). Au milieu des années 90, la guerre fratricide qui déchire son pays met un frein à sa carrière. Menacé de mort, Zao le subversif doit fuir. Avec sa famille, il passe neuf mois dans la jungle de Makaka, au sud du pays, en pleine forêt équatoriale. Son fils de quatre ans y perd la vie. Lorsqu’il revient à Brazzaville fin 1998, il retrouve son studio pillé, sa demeure dévastée. Contrairement à ses confrères artistes, lui ne choisit pas l’exil en Europe. Trop attaché à ses terres, il reprend localement ses activités. En 2000, sort l’album Renaissance. De Pointe Noire à Trouville Deauville, où les textes majoritairement en langue lingala exhalent un sentiment tant identitaire qu’interculturel pour tenter d’en finir avec les violences belligérantes. En 2003, survient une nouvelle difficulté : alors qu’il est en France pour présenter cet opus, ses huit musiciens se volatilisent. Dès lors l’Ambassade de France au Congo refuse pendant plusieurs mois de lui délivrer un visa, certaine qu’il est parti-prenante de cette échappée. Zao met en place « l’espace Zao » pour aider les enfants des rues de Brazzaville à s’en sortir par l’apprentissage de la musique. Il s’engage également dans différentes associations qui font de la prévention au VIH/Sida. En 2006, il enregistre L’aiguille, septième album au son blues, zouk, salsa, qui le refait connaître sur la scène internationale. Toujours provocateur, drôle et critique, Zao demeure le N’zonzi moderne, le juge et sage de nos sociétés suivant ses traditions bantoues.
Emmanuelle Eymard
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